Aujourd'hui dans le train qui allait Paris, un danseur profitait de l'espace offert par le compartiment PMR pour faire ses exercices. C’était joli et perturbant à la fois.
Joli parce que j'aime la danse et que voir un danseur même quand il s'entraîne et rate est toujours un moment agréable. Il a danser une bonne heure avec ses moments de joies mais aussi de mécontentements visibles. Il a enchaîné les exercices à la barre en chausson mais aussi la danse plus moderne en vans. Malgré l'espace contraint et l'instabilité permanente, il dansait aussi naturellement que s’il l'avait fait toute sa vie. Il semblait aussi à l’aise que dans un studio. Il a commencé par répéter un enchaînement de danse classique se servant de la main courante du couloir comme d’une barre.
Perturbant parce que rien n’était plus flagrant que la confrontation du corps métier et du corps handicapé. Ce corps métier à qui il ́est pas permis de rater même un infime détail mise en abîme par cet autre corps à qui il ne vient déjà pas à l’idée d'être debout dans le train alors de là à y danser. Ce n’est pas la première personne valide que je vois profiter de l’espace pour des raisons professionnelles. D'habitude c’est les cheminots qui transitent d’une gare à l’autre. C’est la première fois que je vois un danseur et mine de rien, il encombrait l’espace.
Nos regards se sont croisés quelques fois, frôlés souvent mais évités la plupart du temps. Peut-être parce que j'étais mal à l'aise de le déranger dans son travail comme je suis mal à l’aise de déranger mes voisins lorsqu'ils travaillent sur leurs ordinateurs.