Ca y est j'ai eu l'ultime expertise : celle qui ne s'est pas conclu par une pirouette administrative ou une proposition d'aménagement de poste aménagé. Non, cette fois-ci c'est fini. La limite a été franchie. Je ne suis vraiment plus capable de travailler même sur un poste avec des tâches allégées, à temps partiel, dans un bureau seul, avec du matériel adapté. Même une troisième reconversion n'est pas possible parce qu'il devient difficile d'envisager d'apprendre de nouvelles tâches, de nouveaux logiciels, de nouvelles procédures. Le bout du bout de l'aménagement est atteint.
J'avoue qu'il n'y avait pas grand suspense au vue du bilan neuropsychologique que le neurologue avait demander pour se prononcer. Je savait depuis juin que je n'avais plus de capacités d'apprentissage que par transferts de compétences, que ma mémoire immédiate et à court terme était trop faible pour pouvoir être utilisable en contexte professionnel et que ma capacité de tri des informations étaient aléatoires. Ce n'était pas une surprise. Je le savais déjà même si jusque là c'était pas la catégorie "plainte du patient" et pas objectivée. Mais comme il a fallu en passer par l'étape chiffre, au moins, il est écrit par un professionnel que ce n'est pas de la mauvaise volonté que je ne retient pas un code à six chiffres.
Malgré tout j'ai une bonne capacité de concentration qui me permet de faire illusion la tant qu'il ne s'agit pas d'aller au delà d'un vernis social et que ça ne dure pas deux heures. Il y a donc une grande incompréhension dans mon entourage habituel sur cet arrêt d'activité professionnelle et quand je dis que j'ai des troubles cognitifs. Cela fait parti du handicap invisible et même si je ne m'y habitue pas, j'y suis plus tolérant.
J'aurai voulu que cette procédure prenne moins de temps. J'avoue que je commence à fatiguer de voir le temps passer et d'aller de "peut-être" en "peut-être". L'expertise a eu lieu le 15 janvier. Mon dossier devait passer en commission si le rapport arrivait à temps fin janvier. Puis il devait passer le 3 mars. Puis le 21 avril... Je n'ai pas la convocation qui est sensé arrivé dix jours avant le passage en commission. Donc ce ne sera pas non plus le 21 avril.
Après la commission qui prononcera mon inaptitude médicale définitive, il restera encore des procédures. Mon employeur devra demander ma mise à la retraite pour inaptitude à ma caisse de retraite (1 à 2 mois après la commission si tout se passe bien). Ensuite ma caisse de retraite devra liquider ma retraite et fixer mon taux d'invalidité. L'expert propose 58% pour un cumul de trois pathologies. Je gagne des droits (notamment un calcul de ma pension sur les 50% de mes six derniers traitements et pas sur mes cotisations) si je suis à 60%. Je suis bien décidé à faire appel si ma caisse de retraite suis l'expert. Il y en a pour cinq à huit mois sans appel, jusqu'à deux ans en fonction des tribunaux si je fais appel. Et la dernière des "formalités" sera ma mise effective à la retraite par mon employeur une fois la liquidation faite par la caisse de retraite.
Je fatigue vraiment de ne rien voir avancer. Du coup, je réfléchis et je fais des projets. Jusque là je ne m'étais jamais vraiment projeter dans une vie sans travail dans la mesure où j'ai un employeur et où je dois, si je puis dire rester "à portée d'expertise". Ce n'est plus le cas. C'est vertigineux de pouvoir choisir son lieu de vie. C'est aussi vertigineux de pouvoir choisir ses priorités de vie. Finalement cette longue période d'arrêt maladie m'a servi à me rendre compte que je ne m'investissais pas plus que ça dans la vie associative de Guéret parce que les horaires ne conviennent pas à mon planning. Je voulais faire de la couture mais j'y vais rarement parce que l'aide à domicile passe le même jour et termine le plus souvent au moment où je devrait être au groupe couture et régulièrement après. Du coups, je suis trop fatigué pour y aller. Je voulais aller à un café tricot. Je n'y arrive pas parce qu'il faudrait que je me lève plus tôt le samedi matin pour aller au marché avant d'y aller. Je voulais faire des campagnes de jeu de rôle. J'ai essayé plusieurs associassions et soit c'est l'ambiance, soit c'est les horaires qui ne conviennent pas. Et surtout je me rends rends compte que mon planning est déjà bien chargé avec les rendez-vous médicaux, les soins, les aides à domicile et les autres intervenants moins réguliers. Une semaine par mois, j'ai un à deux rendez-vous tous les jours d'établis avant même de parler de faire du bénévolat. Les semaines les moins chargés, j'ai trois après-midi bloqués. Et le pire c'est que je n'utilise pas toutes mes heures d'aide à domicile et que la MDPH comme le gestionnaire de l'association d'aide à domicile me rappelle régulièrement que "si je veux" je peux rajouter un troisième passage. Je manque déjà de temps pour moi avec deux...
De ce constat est né l'idée que ce qui était important pour moi était ma relation avec mes neveux et ma nièce et que ce n'était pas en restant à Guéret que je les verrait grandir vu que je les vois peu. Mais c'est aussi là que ça se complique. Il y en a quatre à Toulouse et deux à Besançon. Il faut faire un choix. Je n'ai pas envie de retourner en ville donc ce sera non pour la troisième ville de France quand bien même il y a plus de neveux là bas. Je me suis donc attelé à faire les démarches pour demander un changement de HLM et là aussi ce n'est pas un long fleuve tranquille.
J'y suis depuis début février et bien que mon dossier soit entrer dans la file active, il n'est toujours pas complet. Heureusement sachant que certaines pièces seraient difficile à obtenir, j'ai demander un déménagement à partir du 1er janvier 2027 afin que je reste maître du timing jusque là. D'abord il manque la simulation de retraite puisque la liquidation n'est pas encore demandée. Je viens d'obtenir le certificat médical indiquant que je me déplace en fauteuil en extérieur et qu'il me faut une place de stationnement handicapé et plus du certificat indiquant qu'il me faut une douche sans seuil. Les deux ont été une longue bataille malgré l'évidence de la situation. Mon médecin traitant a tout d'abord renvoyé vers le neurologue que je voyais en mars. En mars, le neurologue a refusé de faire le certificat expliquant que de toute façon, il fallait que je vois un médecin de médecin physique et de rééducation. Je suis retourné chez mon médecin traitant qui m'a fait une lettre pour le médecin de MPR en me disant de d'abord voir quel était le délai de rendez-vous. Je suis retourné une seconde fois voir mon médecin hier en lui disant qu'au mieux j'avait rendez-vous l'année prochaine et il m'a enfin fait les certificats. Il me faut aussi une "note sociale" autrement dit un écrit d'une assistante sociale expliquant mon projet, mes ressources actuelles et futures, décrivant mon logement et mes besoins en matière de logement. Je ne suis suivi par aucune assistante sociale. Je me doutait donc que ce serait compliqué. Mais pas à ce point. Il y a toujours une assistante sociale dite "de secteur" qui s'occupe du bâtiment. C'est la loi. C'est à elle qu'il faut s'adresser "à défaut d'autre suivi". Donc je me suis adressé à l'assistante social de secteur. Jusque là logique... L'assistante sociale de secteur est venue chez moi, m'a reconnu (nous avons travailler dans le même bâtiment), a quand même pris les renseignements mais m'a expliquer que pour des raisons de déontologie, ce serait l'assistante sociale du travail qui ferais la note. Evidemment, je n'avait pas pensé à cette assistante sociale là. Surtout que je ne l'ai pas vu depuis au moins trois ans et que finalement à part une fois en 2012 où j'ai eu un indû de la sécurité social qui m'a versé des indemnités journalières alors que mon employeur avait oublier de lui déclarer qu'il faisait le maintien de salaire, je n'ai jamais eu besoin d'elle. Mais je la voyais à tous les changements importants dans mon dossier "au cas où" et une fois que je lui avait redonner mon budget, ça s'arretait là. Et pourtant elle va devoir écrire cette fameuse note pour expliquer. Au moins elle aura les éléments financiers de premières mains pour ce qui est de la simulation de retraite.
Finalement tous les délais de ces procédures sont comme des vagues au pieds de la falaise. Elles minent petit à petit. Elles grignotent le moral tout en forçant à l'immobilisme. Je pourrais techniquement déménager dès maintenant. Mais je n'ai aucune idée de mes revenus dans un an. Et c'est du coup trop aléatoire de se lancer. Tout est lié à une procédure qui a été lancé très en avance puisque mon médecin l'a lancé en septembre, un mois avant la date butoir et qui traine depuis. Je suis coincé dans cet entre-deux où je sais que je ne reprendrais jamais le travail mais où l'administratif ne suis pas. Et ce qui me mine véritablement le moral est que je fais des aller-retour permanent entre le "j'ai encore un poste" et le "je suis en retraite" sans arriver à trouver ma place.
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